Le pilotage du transport a longtemps été traité comme un sujet d’exécution.
Aujourd’hui, il est devenu un enjeu à part entière pour les entreprises industrielles et commerciales.
Pression sur les coûts, exigences accrues en matière de service client, contraintes réglementaires et environnementales : le transport concentre désormais des attentes multiples, parfois contradictoires. Dans ce contexte, de nombreuses organisations cherchent à s’équiper d’outils transport… sans toujours savoir par où commencer.
À l’occasion d’une table ronde organisée par Supply Chain Village, plusieurs acteurs du marché ont partagé leurs retours d’expérience. Voici une lecture structurée des enseignements clés, avec un regard conseil sur les questions que se posent aujourd’hui les entreprises.
Un marché d’outils transport difficile à lire
TMS, Plateforme collaborative, Control Tower… Les concepts se multiplient et finissent souvent par se superposer, se compléter, s’imbriquer.
Pour les équipes métier, cette profusion rend la lecture du marché complexe. Les termes utilisés par les éditeurs ne correspondent pas toujours aux réalités opérationnelles, ni aux problématiques concrètes rencontrées sur le terrain. Résultat : des projets lancés avec une vision partielle, parfois biaisée, du besoin réel.
Avant même de parler d’outil, le premier enjeu est donc souvent de clarifier le périmètre fonctionnel attendu et de poser des définitions communes entre les équipes : transformer un besoin métier en solution technique.
L’illusion de “l’outil qui fait tout”
Face à la diversité de l’offre et à la frontière parfois « confuse » entre les outils, une tentation revient fréquemment : choisir la solution la plus complète possible, pour couvrir l’ensemble des besoins présents… et futurs.
Dans les faits, cette approche comporte plusieurs risques :
- une profondeur fonctionnelle mal exploitée,
- une adoption terrain limitée,
- une complexité accrue pour des usages parfois simples.
Les briques fonctionnelles sont nombreuses et composent les différents outils du marché (planification, optimisation, gestion des tarifs, temps réels, IoT, prédictif, KPIs, analyse, benchmark et beaucoup d’autres encore). En pilotage transport, la question n’est pas tant de tout faire que de faire juste, en cohérence avec les flux, les volumes, les modes de transport et la maturité de l’organisation.
C’est souvent à ce stade qu’un regard extérieur permet de recentrer la réflexion sur les usages réels et d’éviter des choix dictés par la seule promesse fonctionnelle.
Un point critique souvent sous-estimé : la connexion avec les transporteurs et plus globalement avec l’écosystème
Beaucoup de projets se concentrent sur le choix de l’outil sans approfondir suffisamment le volet de la connectivité. La question arrive plus tard… parfois trop tard.
Le marché du transport est fortement atomisé. Tous les partenaires n’ont pas le même niveau de maturité digitale, ni les mêmes capacités d’intégration. Malgré les progrès réalisés sur les protocoles d’échange, les go-live sont souvent lancés avec une connexion trop partielle des partenaires et des modes « manuels » associés.
Anticiper cette dimension dès la phase amont (panel transporteurs, stratégie d’intégration, priorisation) est un facteur clé de réussite. Là encore, le pilotage du projet dépasse largement la simple sélection d’une solution.
Le facteur temps, allié souvent négligé
La pression opérationnelle pousse souvent à aller vite : appels d’offres raccourcis, décisions précipitées, phases d’échange limitées.
Pourtant, les projets de pilotage transport sont structurants et s’inscrivent dans la durée. Le temps consacré en amont à la qualification du besoin, aux échanges avec les éditeurs, à l’alignement des équipes métier, IT et achats est rarement du temps perdu.
À l’inverse, les projets les plus fragilisés sont souvent ceux qui ont voulu “gagner du temps” au démarrage.
Pourquoi le conseil joue un rôle clé dans ces projets
Le marché est dense, les équipes métier sont expertes. Et pourtant, les choix restent complexes.
Le rôle du conseil n’est pas de prescrire un outil, mais de structurer la réflexion, d’acculturer les équipes, d’objectiver les besoins et d’aider à se projeter dans le temps.
Dans les projets de pilotage transport, cette phase amont permet :
- de gagner en maturité,
- de sécuriser les décisions,
- et d’éviter des trajectoires coûteuses à corriger par la suite.
En conclusion
Le pilotage du transport est avant tout un sujet de méthode, d’organisation avant d’être un sujet d’outil.
Il n’existe pas de solution universelle, mais des réponses adaptées à des contextes, des flux et des stratégies d’entreprise spécifiques. Prendre le temps de clarifier, structurer et aligner reste le meilleur levier pour réussir durablement.