Relation prestataire-donneur d’ordre : comment construire un partenariat logistique vraiment gagnant-gagnant ?

Choisir un prestataire logistique, ce n’est pas un choix opérationnel – c’est un choix stratégique. C’est la conviction partagée par les experts réunis lors des Mercredis de la Supply Chain, auxquels participait Ludiwine Perrier, Senior Manager Conseil chez LAPSSS. Retour sur les grandes idées clés de cet échange.

À propos de cet article : Cet article est une synthèse de la table ronde « Comment collaborer avec son prestataire logistique dans une logique gagnant-gagnant » diffusée dans le cadre des Mercredis de la Supply Chain. Ludiwine Perrier, consultante manager au sein de LAPSSS (cabinet spécialisé supply chain, entité du groupe HRC), y représentait la vision du conseil métier indépendant aux côtés de Sandra Teboul (Arvato France) et Marc Lagrée (Prologistik France).

1. Le cahier des charges : première pierre du partenariat

Avant même de choisir un prestataire, la qualité du cahier des charges conditionne toute la relation future. C’est le document de référence qui sera annexé au contrat – et donc pleinement opposable. LAPSS accompagne régulièrement ses clients dans cette étape fondatrice.
Un cahier des charges efficace doit couvrir plusieurs dimensions :

  • La cartographie des flux et des volumes, avec la typologie de produits et les canaux de distribution.
  • Les contraintes réglementaires et techniques, propres à chaque secteur (pharmacie, cosmétique, fashion…).
  • Les besoins IT, pour garantir une interopérabilité entre les systèmes.
  • La qualité de service attendue, avec des SLA précis et mesurables.
  • Le modèle économique, avec une décomposition claire des coûts et des variations de volumes acceptables.

« Le cahier des charges, c’est la première pierre du partenariat. Il faut y décrire ce que le client veut, mais aussi comment on mesure que c’est atteint. »

Un point de vigilance est à noter : le cahier des charges doit anticiper l’évolution du business du client et non seulement photographier l’existant. Un cahier des charges trop figé risque d’être inadapté au bout de quelques mois.

Au-delà du contenu, la transparence sur les motivations de l’appel d’offres est essentielle pour le prestataire : s’agit-il d’un changement de schéma directeur, d’une obligation d’achat périodique, d’une rupture relationnelle ? Cette clarté oriente directement la qualité des réponses reçues.

LAPSS joue ici un rôle de modérateur neutre : challenger les exigences du client pour les rendre réalistes, et aider le prestataire à comprendre les véritables enjeux du dossier.

2. Choisir un prestataire : un acte stratégique

La sélection d’un partenaire logistique engage souvent sur 3 à 10 ans, voire davantage, en raison des investissements en mécanisation, automatisation et immobilier. Ce n’est pas un choix de commodité.
Les critères déterminants identifiés par les experts vont bien au-delà du prix :

Compatibilité culturelle

Les valeurs et les modes de fonctionnement des deux organisations doivent s’aligner. La relation humaine prime dans un secteur où des centaines de collaborateurs travaillent ensemble au quotidien.

Solidité financière

La pérennité du prestataire conditionne la continuité du service. Il faut s’assurer de sa capacité d’investissement sur la durée du contrat.

Track record sectoriel

Un prestataire expérimenté dans votre secteur apporte des pratiques éprouvées et réduit les risques à l’implémentation.

Vision stratégique

Quelle est la trajectoire du prestataire sur 5 à 10 ans ? Sa résilience face aux mutations du marché est un indicateur clé.

Niveau de digitalisation

Les outils (WMS, TMS, IA…) dont dispose le prestataire influencent directement la performance opérationnelle et la capacité d’évolution du client.

« Choisir un prestataire, c’est choisir un partenaire qui va porter votre chiffre d’affaires. C’est un choix stratégique pour l’entreprise, pas un choix opérationnel. »

 3. Gagnant-gagnant : de quoi parle-t-on vraiment ?

La notion de gagnant-gagnant est souvent convoquée, rarement définie. Elle s’apprécie dans la durée, pas dans l’instant.
Pour le donneur d’ordre, externaliser sa logistique, c’est :
  • Partager les risques (social, immobilier, financier, technologique) jusqu’alors portés à 100 % en interne.
  • Accéder à des expertises et des best practices sectorielles sans les développer en propre.
  • Gagner en flexibilité face aux pics d’activité, aux variations de volumes, aux crises.
  • Se recentrer sur son cœur de métier, en déléguant l’excellence opérationnelle à un spécialiste.
Pour le prestataire, c’est :
  • Construire une relation durable avec un client qui lui fait confiance sur le long terme.
  • Valoriser ses investissements (technologiques, humains, immobiliers) sur des contrats stables.
  • Co-construire de la valeur via l’amélioration continue et le partage des gains de productivité.

« La relation gagnant-gagnant, c’est une création de valeur partagée, raisonnable et conforme aux attentes des deux parties. Quand on cherche à faire un coup, l’histoire finit mal. »

 4. La gouvernance : colonne vertébrale de la relation

Une fois le contrat signé, la performance de la relation dépend de la qualité de la gouvernance mise en place. Celle-ci doit être structurée, régulière, et véritablement orientée vers l’action.
Les bons principes de gouvernance identifiés lors des échanges :
  • Des comités opérationnels, de pilotage et stratégiques à fréquences différenciées, impliquant les bons niveaux hiérarchiques.
  • Des KPI actionnables – mesure des délais, fiabilité des stocks, satisfaction client final – assortis de plans d’action avec responsables et délais.
  • Un top-to-top efficace permettant au sponsor côté client d’arbitrer sereinement dans les moments de tension.
  • Un partage proactif des prévisions d’activité pour permettre au prestataire d’anticiper les pics et d’organiser ses ressources.

« Une gouvernance sans plan d’actions, c’est juste une réunion. Ce qui compte, c’est : qui fait quoi, et pour quand ? »

 Nous insistons particulièrement sur ce point : la gouvernance doit être suivie de faits concrets, avec une responsabilisation claire de chaque partie.

5. Le rôle clé du système d’information

Le SI est le réceptacle de tout le processus logistique. Sa robustesse conditionne la capacité à absorber les aléas sans que ceux-ci ne deviennent des crises contractuelles.
Deux modèles coexistent : le prestataire qui apporte son propre WMS/TMS, ou le client qui impose ses outils. Dans les deux cas, l’interopérabilité et les interfaces avec l’ERP du client sont essentielles.
Le niveau de digitalisation du prestataire est désormais un critère de sélection à part entière : il témoigne de sa capacité à faire évoluer le client dans sa maîtrise de la data et de ses processus.
Les évolutions technologiques majeures qui transforment la relation :
  • L’intelligence artificielle appliquée à la supply chain permet d’automatiser la scénarisation des hypothèses (volumes, ressources, pics) et de gagner 20 à 40 % de productivité sur certaines tâches.
  • Les jumeaux numériques permettent de simuler des reconfigurations d’entrepôt, de valider des hypothèses de productivité et d’embarquer les équipes avant même le premier changement terrain.
  • La donnée en temps réel nourrit des prévisions plus fiables et permet une organisation plus résiliente des plans de saison.

« Dans 24 à 36 mois, plus aucune initiative de re-engineering d’entrepôt ne se fera sans jumeau numérique. C’est un pré-POC qui élimine les mauvaises idées et protège la relation. »

6. RSE et durabilité : des critères de sélection en hausse

La dimension environnementale s’installe progressivement dans les appels d’offres logistiques. Pour les clients qui en font une priorité, elle est non négociable dès le cahier des charges.
Les indicateurs suivis incluent : émissions GES du transport, consommation énergétique des entrepôts, gestion des déchets, optimisation des emballages, et parfois des critères sociétaux (insertion, diversité).
Les prestataires intègrent ces enjeux dans leurs propres objectifs (neutralité carbone 2030 pour certains) et peuvent les monitorer dans le cadre des comités de suivi. 

Ce qu’il faut retenir

La relation prestataire-client en logistique ne se résume pas à un contrat de service. C’est un écosystème de confiance, construit dès l’appel d’offres et entretenu dans la durée par une gouvernance rigoureuse et un partage sincère de la valeur.
Les clés d’un partenariat durable :
  • Un cahier des charges précis et annexé au contrat, reflétant les vrais enjeux stratégiques du donneur d’ordre.
  • Un choix de prestataire fondé sur des critères culturels, financiers et technologiques, pas seulement sur le prix.
  • Une gouvernance structurée avec des plans d’action concrets et des responsables identifiés.
  • Un partage proactif des prévisions pour permettre l’anticipation et la résilience.
  • Une co-construction permanente nourrie par les outils numériques et l’amélioration continue.

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